Exposition “Empreintes”
Exposition “Empreintes” : quand Miró refait surface à Montmartre
Mourlot, Maeght, Véron : trois noms pour une même aventure
Nichée dans le quartier des Abbesses à Montmartre, la galerie Atelier Véron accueille jusqu'au 6 septembre 2026 l’exposition “Empreintes“ consacrée à Joan Miró, mise en regard avec les œuvres de Martine Balata et René Jullien. Modeste dans ses dimensions, elle vaut surtout pour ce qu'elle raconte en creux : comment un peintre catalan, un imprimeur parisien et un éditeur d'art ont, en une trentaine d'années, fait de l'estampe un art à part entière.
Fondée en 2018 par l'artiste Jacques Tenenhaus, cette galerie défend une création contemporaine souvent proche des arts en marge, tout en conservant un important fonds de lithographies historiques réunissant Giacometti, Calder, Picasso, Cocteau, Braque, Matisse et Miró. Cette double casquette — vitrine d'artistes vivants et gardienne d'un patrimoine graphique — donne tout son sens à l'exposition du moment : montrer que l'avant-garde d'hier continue d'irriguer celle d'aujourd'hui.
Le nom qui domine reste celui de Fernand Mourlot. Dans son atelier, c'est avec lui que Matisse, Picasso, Chagall, Miró, Braque ou Cocteau se sont emparés, à partir des années 1930, de la pierre lithographique comme d'un nouveau territoire d'expression. La galerie elle-même résume cet esprit de liberté laissé aux artistes en citant Jacques Prévert : « la peinture ne se reproduit pas en captivité ». Très belle citation pour le monde de l'estampe !
Cette histoire ne s'est pas arrêtée à la fermeture de l'atelier parisien et new yorkaise à la fin des années 1990. Elle se poursuit à New York, où le petit-fils de Fernand, Eric Mourlot, a repris le flambeau en devenant marchand plutôt qu'imprimeur, avant d'installer sa galerie sur l'Upper East Side en 2005. C'est en partenariat avec cette maison new-yorkaise que l'Atelier Véron peut présenter certaines lithographies et affiches anciennes issues directement de la collection familiale — passerelle rare entre deux continents qui, chacun à sa manière, entretiennent la mémoire de ce grand moment de l'estampe.
Miró, de son côté, n'a jamais cessé d'explorer le multiple au-delà de la lithographie. Avec l'éditeur Maeght, il s'est tourné vers la gravure pure : la série « Journal d'un graveur », publiée en 1975 en trois volumes de quinze pointes sèches et eaux-fortes chacun, en est l'aboutissement le plus personnel — un travail plus intime que les grandes affiches d'exposition, où le peintre déploie sur le cuivre la même liberté de signe que sur la pierre.
C'est cette continuité que l'exposition « Empreintes» donne finalement à voir : des affiches nées chez Mourlot aux gravures ciselées pour Maeght, un même geste, celui d'un artiste qui fit de l'atelier d'impression le prolongement naturel de son atelier de peinture. En l'associant à des artistes d'aujourd'hui, l'Atelier Véron ne se contente pas de commémorer un âge d'or : elle rappelle qu'il reste, un siècle plus tard, une source encore vive.
